mercredi, 3 septembre 2014|

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Mgr Vingt-Trois défend “l’espace de la raison”

En 2009, les lois de bioéthique devraient être actualisées. Quand et comment l’Église compte-t-elle participer à la réflexion ?

Tout le monde sait déjà ce que pensent les évêques sur des sujets comme la protection de l’embryon ou des personnes en fin de vie. Un groupe de travail a même été constitué au sein de notre conférence, dont les premiers résultats nous seront communiqués à Lourdes, début avril. Quel est notre but, là encore ? Aider les évêques à dialoguer avec les parlementaires de leurs diocèses. Les élus sont confrontés à des questions si nombreuses et complexes qu’ils ne peuvent pas les maîtriser toutes. Si les évêques peuvent les aider à une réflexion plus large, dégagée de la pression ambiante, cela peut faire avancer le bien commun.

Vous avez tout de même réclamé, à plusieurs reprises, que l’embryon soit « traité comme une personne » sans pour autant remettre en cause la loi dépénalisant l’IVG. Est-ce vraiment compatible ?

Ce n’est pas moi qui ai demandé que l’avortement soit dépénalisé... Cela relève de la responsabilité du législateur. En attendant, comme dans toutes les situations que nous ne maîtrisons pas, nous demandons que le principe de précaution si souvent invoqué soit appliqué et donc que l’embryon soit protégé par un statut juridique. Si je veux faire progresser la manière de traiter l’embryon, je ne pense pas que le déclenchement d’une nouvelle guerre à propos de la loi de 1975 soit la meilleure formule.

Concernant l’euthanasie, une partie de l’opinion, y compris des chrétiens, reprochent à l’Église son manque de compassion vis-à-vis des souffrances de tel ou tel relayée par les médias. Que leur répondez-vous ?

Ne nous laissons pas enfermer par l’émotion qu’engendre la médiatisation de drames individuels. La question n’est pas de désigner qui, dans ces situations, a tort ou raison, mais de savoir quelle société nous voulons. Les facultés de médecine doivent-elles enseigner à leurs étudiants des techniques de mise à mort de leurs futurs patients ? Les enfants sont-ils des objets de satisfaction que l’on peut se procurer à n’importe quel prix ? Voulons-nous, au fond, une société marchande privilégiant le désir sur toutes les autres considérations ? Il n’y aurait alors plus d’espace pour la raison. Au nom de cette dernière, évitons de légiférer à partir de situations particulières et sachons mettre en œuvre les solidarités nécessaires pour que ces personnes qui souffrent soient accompagnées dans la proximité.

Autre sujet brûlant, la lutte contre les sectes. Le changement d’approche du gouvernement — moins de prévention et plus de répression d’une part, distinction entre sectes et nouveaux mouvements religieux d’autre part — représente-t-il, selon vous, un progrès ?

Tout d’abord, la législation n’a pas été modifiée. Ensuite, qui est capable d’établir la différence entre ce qui est une secte et ce qui ne l’est pas ? Ou bien le gouvernement se transforme en tribunal d’inquisition, distinguant entre les bonnes religions et les mauvaises : on entrevoit alors les litiges que cela entraînerait... Ou bien les pouvoirs publics continuent, comme c’est le cas aujourd’hui, d’intervenir légitimement sur les questions d’ordre public et la justice sur des délits caractérisés. Lorsque la Préfecture de police autorise l’organisation d’un chemin de croix dans la rue, elle ne prend pas position sur la résurrection du Christ mais sur l’absence de trouble sur la voie publique.

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