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La vérité sur le préservatif (par Martin Rhonheimer)

La plupart des gens sont convaincus qu’une personne porteuse du virus HIV et qui a des rapports sexuels doit utiliser un préservatif pour protéger son partenaire de l’infection. Indépendamment des opinions que l’on peut avoir sur les rapports sexuels avec des partenaires multiples comme mode de vie, sur l’homosexualité ou sur la prostitution, cette personne agit au moins avec un certain sens de ses responsabilités en cherchant à éviter de transmettre son infection aux autres.

On pense généralement que l’Église catholique n’appuie pas cette opinion. [...] On croit que l’Église enseigne que les homosexuels sexuellement actifs et les prostituées devraient éviter d’utiliser le préservatif, parce que celui-ci serait “intrinsèquement mauvais”. Beaucoup de catholiques sont également convaincus [...] que l’utilisation du préservatif, même quand c’est uniquement dans le but d’éviter l’infection du partenaire, ne respecte pas le caractère de fertilité que doivent avoir les actes conjugaux et ne permet pas le don personnel de soi réciproque et complet, violant ainsi le sixième commandement.

Mais tout cela n’est pas un enseignement de l’Église catholique. Il n’y a aucun magistère officiel à propos du préservatif, de la pilule anti-ovulation ou du diaphragme. Le préservatif ne peut pas être intrinsèquement mauvais, seules les actions humaines peuvent l’être. Le préservatif n’est pas une action humaine, c’est un objet.

Ce que le magistère de l’Église catholique désigne clairement comme “intrinsèquement mauvais”, c’est un type spécifique d’action humaine, défini par Paul VI dans son encyclique "Humanæ vitæ" (et ultérieurement par le n° 2370 du Catéchisme de l’Église catholique) comme une “action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son accomplissement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se propose, comme but ou comme moyen, d’empêcher la procréation”.

La contraception est un type spécifique d’action humaine qui, en tant que telle, comprend deux éléments : la volonté de prendre part à des actes sexuels et l’intention d’empêcher la procréation. Une action contraceptive inclut donc un choix contraceptif. Comme je l’ai dit dans un article paru dans le "Linacre Quarterly" en 1989, “un choix contraceptif est le choix d’une action visant à empêcher les conséquences procréatives prévues de rapports sexuels librement consentis et c’est un choix fait précisément pour cette raison”.

Voilà pourquoi la contraception, comprise comme une action humaine qualifiée d’“intrinsèquement mauvaise” ou de désordonnée, n’est pas déterminée par ce qui se produit sur le plan physique. Que ce soit en prenant la pilule ou bien en interrompant le rapport à la manière d’Onan que l’on empêche la fertilité du rapport sexuel, cela ne fait pas de différence. De plus la définition qui vient d’être donnée ne fait pas de distinction entre “faire” et “s’abstenir de faire”, dans la mesure où le coït interrompu est une forme d’abstention, au moins partielle.

Ne sera donc pas définie comme un acte contraceptif, par exemple, l’utilisation de contraceptifs dans le but d’empêcher les conséquences procréatives d’un viol prévu. Dans une circonstance de ce genre, la personne violée ne choisit pas de participer au rapport sexuel ni d’empêcher une possible conséquence de son comportement sexuel, elle ne fait que se défendre contre une agression dont son corps fait l’objet et contre les conséquences indésirables de celle-ci. De même une athlète qui participe aux Jeux Olympiques et qui prend la pilule anti-ovulation pour empêcher son cycle menstruel ne fait pas un acte “contraceptif”, si elle n’a pas en même temps l’intention d’avoir des rapports sexuels.

L’enseignement de l’Église ne concerne pas le préservatif ni les outils physiques ou chimiques similaires, mais l’amour conjugal et le sens essentiellement conjugal de la sexualité humaine. Le magistère ecclésial affirme que, si deux époux ont une raison sérieuse pour ne pas avoir d’enfants, ils doivent modifier leur comportement sexuel en s’abstenant de l’acte sexuel, au moins périodiquement. Pour éviter de détruire soit le sens unitif soit le sens procréatif de l’acte sexuel et donc la plénitude du don réciproque de soi, les époux ne doivent pas empêcher la fertilité des rapports sexuels, au cas où ils en auraient.

Mais que peut-on dire des personnes qui ont des partenaires multiples, des homosexuels sexuellement actifs et des prostituées ? Ce que l’Église catholique enseigne à leur sujet, c’est simplement que ces personnes ne devraient pas avoir des partenaires multiples, mais être fidèles à un seul partenaire sexuel ; que la prostitution est un comportement qui porte gravement atteinte à la dignité de l’homme, surtout à celle de la femme, et qu’elle ne devrait donc pas être pratiquée ; et que les homosexuels, comme tous les autres êtres humains, sont enfants de Dieu et qu’il sont aimés par lui comme tous les autres, mais qu’ils devraient vivre dans la continence comme toute autre personne non mariée.

Mais si ces personnes ignorent cet enseignement et sont menacées par le virus HIV, devraient-elles utiliser le préservatif pour empêcher l’infection ? La norme morale qui condamne la contraception comme acte intrinsèquement mauvais n’inclut pas ces cas-là. Et il ne peut y avoir d’enseignement de l’Église à ce sujet ; créer des normes morales pour des comportements intrinsèquement immoraux n’aurait simplement pas de sens. L’Église devrait-elle enseigner qu’un violeur ne doit jamais utiliser un préservatif, parce que sinon, en plus de commettre le péché de viol, il manquerait au respect du don personnel de soi réciproque et complet, et transgresserait ainsi le sixième commandement ? Sûrement pas.

Que dirai-je, en tant que prêtre catholique, aux personnes à partenaires multiples, ou aux homosexuels, atteints du sida qui utilisent le préservatif ? J’essaierai de les aider à mener une vie sexuelle morale et réglée. Mais je ne leur dirai pas de ne pas utiliser le préservatif. Simplement, je ne leur en parlerai pas et je présumerai que, s’ils décident d’avoir des rapports sexuels, ils garderont au moins un certain sens de leurs responsabilités. En me comportant ainsi, je respecte pleinement l’enseignement de l’Église catholique en matière de contraception.

Ceci n’est pas un appel pour demander des “exceptions” à la règle qui interdit la contraception. La règle en matière de contraception est valable sans exception : le choix de la contraception est intrinsèquement mauvais. Mais, bien évidemment, la règle n’est valable que pour les actes contraceptifs tels qu’ils sont définis dans "Humanæ vitæ", c’est-à-dire ceux qui comportent un choix contraceptif. Les actions dans lesquelles est utilisé un dispositif qui, d’un point de vue purement physique, est “contraceptif”, ne sont pas toutes, d’un point de vue moral, des actes contraceptifs qui tombent sous le coup de la règle enseignée par "Humanæ vitæ".

De même, un homme marié qui est porteur du virus HIV et utilise le préservatif pour protéger sa femme de l’infection n’agit pas pour empêcher la procréation, mais pour prévenir l’infection. Si une conception est empêchée, ce sera un effet collatéral (non intentionnel), qui ne donnera donc pas à cette action la signification morale d’un acte contraceptif. Il peut y avoir d’autres raisons de mettre en garde contre l’utilisation du préservatif dans un cas de ce genre, ou de recommander la continence totale, mais elles dépendront non pas de l’enseignement de l’Église en matière de contraception, mais de raisons pastorales ou simplement prudentielles (par exemple, le risque que le préservatif ne fonctionne pas). Évidemment, ce dernier raisonnement ne s’applique pas aux personnes qui ont de multiples partenaires, parce que, même si les préservatifs ne fonctionnent pas toujours, leur utilisation contribuera en tout cas à réduire les conséquences négatives de comportements moralement mauvais.

Arrêter l’épidémie mondiale de sida est une question qui concerne non pas la moralité de l’utilisation du préservatif, mais plutôt la manière de prévenir efficacement une situation dans laquelle les personnes provoquent des conséquences désastreuses par leur comportement sexuel immoral. Le pape Jean-Paul II a insisté à maintes reprises sur le fait que promouvoir l’utilisation du préservatif n’est pas une solution à ce problème, dans la mesure où il considérait qu’elle ne résout pas le problème moral des rapports avec des partenaires multiples.
À la question de savoir si, d’une manière générale, les campagnes de promotion de l’utilisation du préservatif incitent à des comportements à risque et aggravent l’épidémie mondiale de sida, on peut répondre à partir de données statistiques qui ne sont pas toujours facilement accessibles. Que ces campagnes fassent diminuer, à court terme, les taux de transmission au sein de groupes fortement infectés comme les prostituées et les homosexuels, c’est indéniable.
Leur capacité à faire baisser les taux d’infection au sein des populations à partenaires multiples “sexuellement libérées” ou, au contraire, à favoriser des comportements à risque, dépend de nombreux facteurs.

Dans les pays africains les campagnes anti-sida fondées sur l’utilisation du préservatif sont généralement inefficaces [...]. C’est la raison pour laquelle – et cela constitue une preuve notable en faveur de l’argument du pape – l’un des rares programmes efficaces en Afrique est celui de l’Ouganda. Bien qu’il n’exclue pas le préservatif, ce programme encourage à un changement positif dans le comportement sexuel (fidélité et abstinence) qui le différencie des campagnes en faveur du préservatif, celles-ci contribuant à cacher ou même à détruire le sens de l’amour humain.

Les campagnes qui promeuvent l’abstinence et la fidélité sont en définitive le seul moyen efficace à long terme de lutte contre le sida. L’Église n’a donc aucune raison de considérer les campagnes de promotion du préservatif comme utiles pour l’avenir de la société humaine. Mais l’Église ne peut pas non plus enseigner que ceux qui adoptent des modes de vie immoraux devraient s’abstenir d’utiliser le préservatif.

(Extrait de "The Tablet", 10 juillet 2004).

Vos commentaires

  • Le 2 décembre 2010 à 09:57, par Charles-Marie En réponse à : La vérité sur le préservatif (par Martin Rhonheimer)

    Un peu trop intellectuel pour être facilement accessible, mais très complet pour qui s’intéresse au sujet dans la vérité.

  • Le 2 décembre 2010 à 10:10, par Emmanuel Pic En réponse à : La vérité sur le préservatif (par Martin Rhonheimer)

    Rien à dire, j’applaudis.
    Avec une petite réserve, non sur le côté intellectuel, mais sur la tendance casuistique, imposée il est vrai par le genre littéraire. "Casuistique", ça veut dire : entrant trop dans le détail du cas pratique. Du coup, on est tenté de dire : "Mais alors, mon père, dans mon cas à moi, est-ce que vous pensez que c’est moral ou bien ?" et de prendre la réponse du Père comme une autorisation ou un interdit. Or, le but de la morale n’est pas de multiplier les autorisations et les interdits : ça, c’est le code de la route.
    Mais sinon, oui, bravo. Dommage que ce genre de propos, qui se multiplie depuis quelques semaines, n’ait pas été entendu plus tôt.

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