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Du baptême au sacerdoce

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Coincidence providentielle : nous fêtions avant-hier la Saint Jean-Baptiste, tandis qu’aujourd’hui nous fêtons les nouveaux ordonnés du diocèse de Paris, à l’invitation du Cardinal Vingt-Trois.

En quoi est-ce une coincidence ? Quel rapport entre le Baptiste et la prêtrise ? A première vue, aucun. J’ai bien dit "A première vue". Penchons nous un peu plus sur les textes qui parlent du Baptiste. Le premier auquel on peut penser est celui du baptême du Christ.

La scène est bien connue, Jean le Baptiste vois une foule venir à lui et il les baptise dans le Jourdain. Il n’était pas le seul à l’époque à baptiser : il s’agissait d’un courant mystique assez répandu. Les juifs ressentaient le besoin de se convertir, en symbolisant cette conversion par une manifestation intérieure. Une tentative de mourir à soi-même pour être renouvelé.

Et voilà que le Christ s’avance pour être baptisé. Le voyant descendre vers le Jourdain, Jean le désigne à ses disciples et leur dit "Ecce Agnus Dei qui tollis peccacta mundi", "Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde" [1]. Jean révèle aux hommes qui est le Christ, et comment en devenir soi-même le disciple. Le Christ est la victime propitiatoire, l’Agneau du sacrifice que Dieu s’offre à lui-même pour le salut du monde. Il est tout à la fois "l’autel, le prêtre et la victime" [2].
En écho à cette parole, on retrouve les mots de Saint Jean-Marie Vianney au jeune paysan qui lui avait indiqué le chemin d’Ars : "Tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du ciel".

Le prêtre est celui qui montre aux hommes le chemin de la connaissance de Dieu, le chemin de la sainteté, car ce chemin, c’est le Christ lui-même. Le fait que juste avant la communion, le prêtre élève l’Hostie consacrée en répétant les paroles de Jean "Voici l’Agneau de Dieu..." n’est pas fortuit : le prêtre est là pour révéler aux fidèles que le Christ est véritablement présent dans cette Hostie. Chose étonnante, cette Hostie devient Personnelle : elle est la Seconde Personne de la Sainte Trinité : le Fils qui vient inhabiter en nous.

Le prêtre doit comme s’effacer devant ce mystère. Il est comme Jean, qui disait au Christ : "C’est toi qui devrais me baptiser". En effet, dans la consécration, le prêtre est en quelque sorte "maitre" de la transsubstantiation. Il ordonne à Dieu de consacrer le pain et le vin, lequel s’exécute. C’est en effet Dieu qui devrais nous transformer, c’est-à-dire, par son action, nous modifier en lui. Mais paradoxalement, c’est exactement ce qu’il fait à travers la communion.

C’est également pourquoi nous répétons ces paroles du centurion romain : "Non sub dignum ut intres sub tectum meum", "Je ne suis pas digne de Te recevoir". Notre action dans la communion, est comme en creux : nous devons laisser la liberté au Christ, de s’étendre et de prendre toute la place.

Plus tard ainsi, constatant que le Christ se met également à baptiser et devant ses disciples qui s’en étonnent, il utilise des mots très forts pour le justifier : "Opportet crescet, me autem minui". "Il faut qu’il croisse et que moi je diminue" [3]. Nous devons ainsi laisser toute la place au Christ.

Notre volonté doit être la volonté du Christ, nos amours doivent être des amours divins c’est-à-dire vécu comme "à travers" Dieu, nos actions doivent être inspirées par le Christ, notre pensée motivée par le Christ. Nous devons terminer comme Paul qui disait "Vivo autem iam non ego vivit vero in me Christus" [4], "Je vis, mais ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi".

Ce chemin nous est montré par le prêtre : en étant dans tout son être "configuré" au Christ, il nous montre ce chemin progressif de sainteté que nous devons également vivre. Nous devons, nous aussi devenir "alter Christus" : un autre Christ. Mais si nous laissons suffisamment le Christ agir à travers nous (sans pour autant qu’il détruise notre personnalité), nous pourrons devenir "ipse Christus" : le Christ lui-même.

Mais Jean nous révèle également par son martyre, la dimension sacrificielle du sacerdoce. Le prêtre est un héraut du Christ. Il révèle aux hommes "le Chemin, la Vérité et la Vie" et assume tous les conditions que cela comporte. Pour être configuré au Christ il faut vendre tous ses biens et le suivre : accepter de tout abandonner, y compris ce qui pourrait être perçu comme un droit naturel (le fait de fonder une famille par exemple). Le sacerdoce est vécu comme un service total du Christ total : le prêtre se donne totalement au service de l’Eglise, ce corps dont le Christ est la tête.
Ainsi, par son martyre, le Baptiste donne un témoignage frappant de ce que doit être un prêtre : le prêtre est une flamme au service de la vérité. Quels que soit les conditions et les risques impliqués par son état, il continue à révéler le Christ aux hommes.

Même si cela dérange, même si son message semble en total décalage avec la société dans laquelle il vit. A ce titre, les critiques du sacerdoce ministériel, ressemblent à Hérode, lequel était "embarrassé" d’entendre Jean et qui pourtant aimait l’écouter parler.

Jean-Baptiste a ainsi été comme un "pédagogue" du sacerdoce, dont l’archétype fut le Christ lui-même, auxquels les prêtres sont configurés. Le sacerdoce ministériel est fondamental, que ce soit pour l’Eglise et le monde : car par son état particulier, le prêtre révèle le Christ au Hommes.

Vos commentaires

  • Le 26 juin 2010 à 17:24, par Incarnare En réponse à : Du baptême au sacerdoce

    Si le centurion a pu parler latin, il est plus que probable que ni Jean-Baptiste, ni Jésus n’ait prononcé ces mots dans la langue de Rome :)

  • Le 26 juin 2010 à 18:37, par yayon En réponse à : Du baptême au sacerdoce

    ça c’est du St patron !!! ouaahhh *_*

    Eh j’t’explique on "ordonne" pas qu’à Paris y’en a aussi en Province #centralisationdem**** hihi

    ah pis y’a les ordinations diaconnales c’est vrai ça pourquoi on en parle pas ? ok c’est pas le même jour mais bon :$

    Fait chaud, mes neurones sont en ébullition mais j’ai aussi chaud au coeur, quelle magnifique école d’humilité que nous offre Jean, quel école de foi aussi et de clairvoyance. Ce ne sont pas les miracles (pas encore) qui lui font dire que Jésus est l’agneau de Dieu, qu’il est là pour nous sauver. Mais bel et bien sa foi, sa confiance. Il reconnaît que c’est de Jésus qu’il reçoit la source de la VIE et pourtant Jésus lui demande le baptême. Quel culot il a ce Jésus si il est Dieu pourquoi ne pas s’auto-baptiser ??? Petite ça me perturbais j’avais dû mal à comprendre l’idée que Jésus avait derrière la tête en demandant le baptême lui qui était pur, sans péchés... En grandissantje ne comprends pas toujours mais en apprennant à connaître Jean-baptiste (pas toi hein ;) lui ), sa vie, son ministère j’ai peu à peu ouvert mon coeur à la beauté de sa mission de témoin et finalement quelque part avant l’heure "d’évangélisateur".

    Oh combien il nous ouvre la voie du témoignage et oh ! combien, il est beau ce prénom, cette histoire, ce symbole qu’il transporte (tu vas me dire que je suis pas mal lotie moi aussi, c’est vrai mais bon on parle pas de ma Ste patronne là mais du tien :p )

    Je connais un JB (coolus de son pseudo de dessinateur)qui a été ordonné prêtre le jour de la St JB, ça aussi je trouve ça drôlement fort, ça lance un sacerdoce, ça l’oxygène ça le renforce...

    J’aime bien ce ST là, je le découvre un peu plus chaque jours et depuis quelque mois au gré du calendrier liturgique, au grès de mon rôle à l’atelier d’éveil à la foi, je m’approche doucement de ce Jésus et pour transmettre il faut comprendre, il faut méditer, il faut se questionner et se laisser surprendre... Jean baptiste s’est laissé aimer de Jésus, a préparé encore un peu plus le terrain puis ensuite lui a laissé les rênes s’est retiré mais a continué de le suivre et de proclamer sa foi même si l’histoire n’en dit pas plus .

    ALors oui en ce jour d’ordinations où que ce soit en France (un ami proche vient d’être ordonné prêtre, je n’ai pas pu être là physiquement mais ce qui est sûr c’est que je suis drôlement fière qu’il ai le courage et l’audace de ce OUI à la suite de JB, de Jésus, de pierre et paul...) c’est un jour de fête, de réjouissances ! Soyons dans la joie, Dieu donne des ouvriers à sa moisson !

    vieux motard que jamais pour le billet de ton ST patron :p

  • Le 26 juin 2010 à 18:57, par Jean-Baptiste Balleyguier En réponse à : Du baptême au sacerdoce

    Ouah, comment il chipote l’autre... tu voudrais que je le mette en grec c’est ça ? :p

  • Le 27 juin 2010 à 19:24, par Emmanuel Pic En réponse à : Du baptême au sacerdoce

    Merci JB, "Il faut qu’il croisse et que je diminue" je crois bien que c’est ma devise, en tout cas c’est quelque chose que j’aimerais vivre. Sauf que je le dis en français... lol Et en tout cas une chose est certaine, c’est que ton saint patron ne l’a pas dit en latin !

    Ton billet me donne envie d’en écrire un sur le sacerdoce et le ministère. Histoire de clarifier un peu les concepts.

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