Biographie de Saint Alphonse-Marie de Liguori - abbé Bernard
La vie de saint Alphonse est une des plus édifiantes et des plus délicieuses, éminemment digne d’être présentée aux pieux fidèles.
Déjà, plusieurs livres estimables ont été publiés sur cette grande figure ; mais aucun ne paraît fait pour devenir populaire : les uns sont volumineux, ou font partie de grands travaux qui ne peuvent arriver entre les mains de tous ; les autres laissent beaucoup à désirer. Il fallait , pour obtenir une pieuse popularité , adopter un genre simple et sans prétention littéraire, donner, avec le bon marché, beaucoup de substance édifiante, dans un format commode et attrayant. Animé d’un sentiment de prédilection et de reconnaissance pour saint Alphonse ; excité par des personnes religieuses ; honoré de l’approbation épiscopale et de suffrages respectables, j’ose offrir ce modeste travail aux familles chrétiennes, aux maisons d’éducation et aux bibliothèques paroissiales. Une vie monumentale, digne de saint Alphonse, sera tôt ou tard donnée à l’élite des lecteurs ; mais il faut toujours être utile au grand nombre. Je veux donc retracer pour tous un grand modèle dans ce qu’il a de plus imitable ; préconiser une congrégation chère à l’Eglise ; populariser le désir de connaître les ouvrages d’un excellent auteur ascétique, par un choix méthodique de citations et de pieux exercices. De telles intentions méritent assurément l’indulgence en faveur d’un essai timide. J’ai puisé, avant tout, dans les volumineux mémoires du R. P. Tannoja. J’ai mis aussi à contribution, avec plaisir et reconnaissance , l’excellente notice sur les Rédemptoristes, dans le 4e vol. de l’histoire des Ordres religieux, publiée par M. Migne ; la nouvelle traduction des oeuvres de saint Alphonse, par le R. P. Dujardin ; la première traduction complète de ces mêmes oeuvres ; la vie qui accompagne cette première édition ; enfin les vies de saint Alphonse, par M. Jeancard et M. Verdier.
En mettant le plus possible de substance édifiante dans cet abrégé populaire, j’ai dû laisser bien des choses intéressantes, mille détails précieux sur les admirables compagnons et les successeurs de saint Alphonse dans la Congrégation ; mais ces riches trésors ne sont pas perdus. Si mon premier travail est accueilli favorablement, je présenterai un second volume, déjà commencé. Il renferme une grande richesse de doctrine ascétique et de beaux exemples ; il sera intitulé : L’Esprit de saint Alphonse et de sa Congrégation.
DÉCLARATION DE L’AUTEUR.
Pour me conformer aux décrets d’Urbain VIII, je pro !este n’attribuer à mon récit, dans cet ouvrage, qu’une autorité purement humaine et privée, excepté les choses sur lesquelles le Saint-Siège a prononcé. Je déclare en particulier :
1° En appelant saint Alphonse (page 3) un des plus grands sauveurs d’âmes, j’ai voulu seulement relever son ministère, d’après les termes consacrés dans la pieuse tradition, (v. saint Jérôme, Comment. sur Abdias ; v. le Selva de saint Alphonse) ; sans rien déroger à l’incomparable respect dû au titre incommunicable de Jésus, le Sauveur par excellence.
2°En disant, (page 292) que les grandes idées de saint Alphonse sur le Souverain-Pontife et l’épiscopat sont la doctrine catholique, je n’ai pas voulu trancher les questions sur lesquelles l’autorité infaillible n’a pas prononcé ; j’ai voulu dire seulement que, dans les questions délicates, saint Alphonse a suivi le sentiment commun des Docteurs, le plus conforme au voeu du Saint-Siège et à l’Unité de l’Eglise.
3° La remise du revenu patrimonial, faite par les membres de la congrégation entre les mains des supérieurs, (pages 121 et 180) ne doit pas être prise dans le sens d’une obligation absolue ou préjudiciable au désintéressement religieux ; elle s’est toujours faite et se fait toujours avec des clauses contre lesquelles les familles ne peuvent élever de plaintes légitimes.
4° Pour conserver la couleur locale et la rigoureuse vérité de l’histoire, j’ai présenté les faits conformément aux usages de l’Italie et du siècle passé, et j’ai cité textuellement certaines paroles de saint Alphonse, contraires aux pensées vulgaires et profanes. Je n’ai pas voulu hérisser le texte d’explications fastidieuses ; le lecteur actuel aura bien assez de sagacité impartiale, pour ne pas prendre les choses de travers, en opposant les usages de son siècle et de son pays ;il ne verra pas de contradiction entre les prescriptions fondamentales et certaines modifications accidentelles que saint Alphonse adopterait le premier , s’il vivait aujourd’hui ; enfin, la piété comprendra que le langage sublime des saints est vrai à des points de vue relatifs ou supérieurs, et fera taire la raison mondaine en face du langage dicté par le véritable esprit de Dieu.
PROMESSE ET PRIÈRE AU LECTEUR.
" Mon cher lecteur, je vous prie de ne pas dédaigner ce petit ouvrage, que j’ai écrit de la manière la plus simple, afin de le rendre plus utile à la dévotion de toute sorte de personnes. Chaque fois que vous en ferez usage, ayez la charité de me recommander à Jésus-Christ, soit pendant ma vie, soit après ma mort. De mon côté, je vous promets de prier, en célébrant la sainte Messe, pour quiconque me fera cette grâce. " C’est ainsi que l’humble Alphonse dédiait aux âmes pieuses le livre des Visites, et se recommandait à leurs prières. Pour ce grand Saint une telle recommandation est devenue sans objet ; dans la gloire éternelle, il prie pour ses clients. Mais permettez-moi, cher lecteur, d’emprunter à ce saint de prédilection la pieuse et modeste formule de sa dédicace, et de vous faire la même promesse et la même prière.
Ce deux Août 1862, fête de saint. Alphonse, le 22° anniversaire de ma prêtrise.
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